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SORTILEGES 2019

Université du Tertre,
Nantes.


"J’ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d’or d’étoile à étoile, et je danse."

Ce poème miniature d’Arthur Rimbaud, métaphore dynamique aérienne scandée en courbes ascendante ("des cordes" > "des guirlandes" > "des chaînes d’or") qui lui donne l’allure d’un rêve d’envol, et suscite le portrait du poète en danseur de cordes.
"Phrase admirable par son triple élan redoublé, par la scène immense qu’elle dessine dans l’espace, par l’allégresse des images et de l’idée, par la valeur absolue conférée à l’acte de la danse. Acte ici essentiellement poétique. Je danse signifie je suis poète, je rassemble le monde dans les lacs de mes images et je l’anime de mon rythme." (Albert Py : op. cit. p.122).
Le poème a été mis en musique par Benjamin Britten ; à son écoute j’ai vu les séquences se découper dans le ciel et passer allègrement d’un bâtiment de l’université à l’autre pour saluer l’ouverture infinie au monde.
La recherche pour ce travail au sein de la faculté de lettres m’a incitée à relire les textes d’auteurs cruciaux (Walt Whitman, Jack Kerouac, Arthur Rimbaud) pour le rôle qu’ils ont joué en tant qu’écrivains, au sein du vaste mouvement international qui avait rejeté toute forme d’impérialisme culturel et politique.
La première phrase de "Sur la route" est une profession de foi ("Les seuls qui m’intéressent sont les fous furieux, les furieux de la vie, les furieux du verbe qui veulent tout à la fois, ceux qui ne bâillent jamais, qui sont incapables de dire des banalités, mais qui flambent, qui flambent, qui flambent, jalonnant la nuit comme des cierges d’église "). Apparenté à la poésie transcendantaliste "Feuille d’herbe" de Walt Whitman, en développant un langage spontané, suscite des émotions vives, ses poèmes, qui sont marqués par l’utilisation de l’énumération et de la répétition pour enchaîner les phrases font apparaître un langage relevant souvent de l’oralité. Les beats et les transcendantalistes sont apparus à cent ans de distance, ils sont étonnamment proches, protestant contre la tradition, la conformité, le mercantilisme, l’industrialisation et l’urbanisation, méprisant le culte de la possession. Ils ont affirmé leur jouissance d’être en vie.
Cette miniature "J’ai tendu des cordes de clocher à clocher..."dessine une scène immense par images déployées en membres parallèles d’un toit à l’autre, sa construction syntaxique ascendante, évoque une piste et un rêve d’envol qui se déploie autour des axes de circulation définie par la rampe d’accès et l’allée du Tertre. Pour accompagner le rythme de sa scansion dynamique ascendante j’ai porté le texte sur une courbure parfaitement identique alternant une position en arc convexe puis concave, jusqu’au l’aboutissement magnifique de cette extase composée au présent > "et je danse", qui flotte sur son axe.
Concrètement : Retour ligne manuel
"j’ai tendu des cordes de clocher à clocher" s’appuie sur le bâtiment de la nouvelle scolarité au-dessus de la cafétéria sur un axe convexe, "des guirlandes de fenêtre à fenêtre" se situe au-dessus de la terrasse des lectures du bâtiment des administrations des UFR sur un axe concave tandis que la suite du poème, opportunément en surplomb sur le bâtiment des bibliothèques " des chaînes d’or d’étoile à étoile", s’appuie sur une courbe convexe ; les deux membres de la phrase sont visibles du parvis et du jardin en cœur d’îlot. L’extrémité du poème "et je danse.", trouve son aboutissement au seuil du parvis, légèrement déporté du bord du garde-corps de l’amphithéâtre de l’université rejoignant ainsi la lecture parallèle du début du poème formant l’image d’une boucle.