ZIP

1997
Plastique translucide, acier, bois, moquette
H235/L162/P1365cm
Offenes Kulturhaus, Linz, Autriche


Un escalier conduit à la porte de la salle d’exposition. En entrant, un mur aveugle dans le fond. Cinq grandes fenêtres occupent chacun des deux murs latéraux, la lumière et le soleil traversent la salle complètement. La pièce est fermée par un mur percé de deux portes symétriques : elles permettent d’accéder au palier et à l’escalier d’un côté ; de l’autre, à une petite pièce basse de plafond. Le sol est recouvert d’un parquet. J’ai enlevé les portes pour réunir la grande salle d’exposition, le palier et la petite pièce. J’avais ainsi plus de liberté pour créer mon propre espace de travail, différent de celui de l’architecture.
J’ai construit deux structures métalliques en U pour créer deux corridors, l’un s’ouvrant sur le palier côté droit, l’autre dans la petite pièce adjacente, côté gauche ; ils passent à travers l’ouverture des portes et se prolongent sur presque toute la longueur de la salle d’exposition, parallèlement aux fenêtres. J’ai tendu une matière plastique translucide et souple en double épaisseur et en un seul morceau sur toute la longueur, mais pas sur le dessus. Les corridors mesurent quatorze mètres de long, deux mètres trente-cinq de haut, un mètre soixante de large ; Ils s’adaptent aux dimensions de la salle et des chambranles. A l’intérieur des deux couloirs sur la structure en métal, un plancher en bois recouvert d’un tapis rouge relève le niveau du plancher original de quelques centimètres.
En montant l’escalier, le corridor est visible d’un bout à l’autre. Dans la journée, venant des fenêtres orientées au nord, la lumière douce et constante entre les parois du corridor change brutalement lorsque l’on débouche dans la salle où les ouvertures orientées au sud la rende instable. Répondant à la clarté de la lumière filtrée par les parois verticales de la matière plastique, le bruit de nos déplacements est absorbé au sol. Lorsqu’on sort du corridor, les pas résonnent à nouveau sur le plancher en bois de la salle ; l’espace de la salle et ses particularités reprennent leur qualité de référence.
Au milieu de la pièce, le second couloir est visible sur le côté droit, il masque les fenêtres et la sortie. Le soleil projette les ombres changeantes des châssis sur la surface plastique verticalement comme sur un écran. Pour sortir de la salle, le visiteur cherche l’ouverture du second corridor au même endroit ; il s’aperçoit qu’il est clos à cette extrémité. En se déplaçant le long de la paroi, la poignée en fer d’une porte en matière plastique permet d’entrer dans le second couloir ; après être entré, la porte se referme doucement derrière nous. Le volume reprend sa forme initiale. À l’intérieur du couloir, les contours extérieurs ne donnent plus de la réalité qu’un pâle reflet.
Lorsque le soir tombe, une seule lampe, située dans la cour, éclaire l’espace à travers les fenêtres. La lumière se projette sur les corridors avec une intensité lunaire. Le jour, le soleil pénètre dans la salle par le sud ; le soir, la lumière électrique entre par le nord.

Cette œuvre est la conséquence de mes observations sur la structure du lieu, les accès, le sol, les fenêtres. En observant la salle à toutes les heures de la journée, j’ai remarqué combien la lumière y était mouvante. La sculpture correspond à l’expérience de la traversée des corridors – soustraits à la salle d’exposition ; du passage de la lumière filtrée à la lumière crue et fugitive, des détails flous à l’énumération de la réalité, de l’échelle des corps en mouvement dans les corridors à celle des corps en mouvement dans la salle : transparence ou opacité. À chaque passage, on doit sans cesse réajuster sa perception, se remettre en harmonie avec ce qui nous entoure.

text by Katrina M. Brown

text by Elisabeth Madlener

text by Elke Krasny