SUR COUR

2006
Commande de Valode&Pistre Architectes
Immeuble de bureau
Porte des Lilas, Paris (F)


Le dessin est une part importante de mon travail. Non comme esquisse mais comme œuvre à part entière. Dans le cas de ce projet précis, Le dessin que j’ai tenté d’intégrer au jeu de façade vitrée du bâtiment, entre en résonance avec le projet conceptuel qui lui donne sa forme son volume et son aspect rythmique. Le dessin choisi par Denis Valode avait été montré dans une autre forme et avec un autre matériau au Carré d’art à Nîmes. Il s’agit du dessin d’un arbre se découpant entre l’espace de l’observateur et la façade d’un immeuble dont on aperçoit les fenêtres. Je l’ai conçu à partir d’un film que j’ai tourné alors que je résidais à Berlin « ...entre la vitre de ma fenêtre et la façade qui me fait face, s’élève le tronc dépouillé d’un marronnier... » Il ne s’agit pas de représenter l’arbre en pied, mais de choisir un point de vue, celui d’une fenêtre à l’étage. Il s’agit d’un arbre situé au cœur d’une court d’habitation. Il dessine un réseau de branches qui se superpose au dessin de la façade de l’immeuble qu’il a comme fond. C’est un arbre au cœur d’une ville. Il garde toute sa puissance naturelle. Le dessin a une origine filmique : pour mon exposition Vie privée au Carré d’art à Nîmes, j’ai fait tracer de grands dessins à la craie noire reprenant cet arbre. L’un d’entre eux mime de puissants effets de zoom ou l’on reconnait l’origine filmique. L’œil de la caméra me fait voir la façade de l’immeuble à travers les branchages de l’arbre. Cet arbre intermédiaire témoigne de mon goût pour les instruments de séparation, pour les écrans, les filtres, les cloisons, les vitres, les rideaux - autrement dit, les frontières. Imposition de limites : entre un extérieur et un intérieur, entre l’œuvre et ce qui ne l’est pas, mais plus largement, entre telle partie de l’espace et telle autre, entre ici et là.
L’arbre n’est pas toutefois qu’un écran de plus, il est aussi l’emblème du désordre qui, réellement ou imaginairement, est la marque du monde extérieur, la marque de la rue, cette antithèse du foyer, ultime métaphore de l’œuvre.
Tout mon travail reste un art de la séparation.